1. 🔰 Cadre juridique général: deux types d’établissements, deux régimes distincts
Les écoles publiques sont des établissements de l’État. Elles fonctionnent selon le droit public et sont régies par les textes de l’Éducation nationale. En revanche, les écoles privées hors contrat (EPHC) relèvent du droit privé, et plus précisément de la liberté de l’enseignement.
Des parents font parfois référence au décret n°85-924 du 30 août 1985, modifié, relatif aux établissements publics locaux d’enseignement (collèges, lycées), pour contester certaines punitions ou pratiques dans les EPHC. Cette référence est inadaptée : ce décret ne s’applique qu’aux établissements publics. Les EPHC ont leur propre législation, qui ne peut être confondue avec le droit public applicable aux établissements de l’État.
2. 🔳 La liberté des EPHC encadrée par la loi
Les EPHC sont fondées sur le principe constitutionnel de la liberté de l’enseignement, reconnu comme un principe fondamental par les lois de la République.
- Article L442-3 du Code de l’éducation :
«Les directeurs d’écoles élémentaires privées qui ne sont pas liées à l’État par contrat sont entièrement libres dans le choix des méthodes, des programmes et des livres, sous réserve de respecter l’objet de l’instruction obligatoire tel que celui-ci est défini par les articles L. 131-1-1 et L. 131-10.»

- Conseil d’État, 3 septembre 2009, n°314164 :
« Ni les règles et programmes de l’enseignement public, ni les contrôles destinés à en assurer le respect, ne s’imposent aux établissements ou classes d’enseignement privé hors contrat d’association. »

Ces jurisprudences et articles rappellent clairement que les EPHC ne sont pas soumises aux obligations et contraintes des établissements publics. Elles disposent donc d’une large autonomie pédagogique et disciplinaire, tant que les droits fondamentaux des enfants sont respectés.
3. 📖 Qui peut infliger une punition ?
- Dans les écoles publiques :
Selon la circulaire n°2014-059 du 27 mai 2014 (BOEN) :
« Les punitions scolaires concernent des manquements mineurs aux obligations des élèves. Elles peuvent être prononcées par les personnels de direction, d’éducation, de surveillance ou par les enseignants. »
Il est donc faux d’affirmer que seule la maîtresse de l’élève peut infliger une punition. Tout membre du personnel autorisé peut le faire.
- Dans les EPHC :
Cela dépend du règlement intérieur propre à chaque école. En l’absence de disposition contraire, tout adulte de l’équipe éducative peut donner une punition.
4. ✍️ Recopier des lignes : autorisé ou interdit ?
- Dans les écoles publiques :
Selon le BO Spécial n°8 du 1er septembre 2000 :
« Sont interdites les punitions suivantes : […] les lignes à copier. »
Recopier des lignes est explicitement interdit dans le public.
- Dans les EPHC :
Conformément au principe juridique selon lequel « ce qui n’est pas interdit est permis », et en l’absence de texte spécifique interdisant cette pratique dans les EPHC, on ne peut en déduire son illégalité.
Pas d’interdiction spécifique. Cette pratique est autorisée si elle reste raisonnable, proportionnée et respectueuse de la dignité de l’enfant.
Principe juridique : Ce qui n’est pas interdit est permis
Ce principe découle de deux grands fondements juridiques, selon le domaine :
⚖️ En droit pénal (et plus largement en droit répressif)
C’est le principe de légalité des délits et des peines.
🔹 Formulé à l’article 8 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 :
« Nul ne peut être puni qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit. »
🔹 Codifié aussi dans l’article 111-3 du Code pénal :
«Nul ne peut être puni pour un crime ou un délit dont les éléments ne sont pas définis par la loi.»
💡 Conséquence : On ne peut interdire ou sanctionner une action que si une règle de droit le prévoit expressément.
🧑⚖️ En droit civil ou administratif
Le principe n’est pas formulé aussi strictement, mais il est souvent appliqué de manière implicite.
🔹 Si aucune loi ni règlement n’interdit une pratique, alors elle est licite tant qu’elle ne :
- viole pas un droit fondamental (liberté, dignité, etc.)
- ne cause pas de dommage à autrui (article 1240 du Code civil)
- ne trouble pas l’ordre public
💬 Exemple : une école privée hors contrat peut instaurer un règlement disciplinaire différent du public tant qu’il ne viole pas la loi, car aucune norme ne lui impose le régime des écoles publiques.
✅ En résumé :
| Domaine | Principe |
| Droit pénal | ✅ Tout ce qui n’est pas interdit est permis |
| Droit civil / administratif | ✅ Idem, sauf atteinte à autrui ou à l’ordre public |
Donc, en l’absence de texte d’interdiction, on ne peut pas créer une interdiction de toute pièce, surtout dans un cadre privé ou autonome comme celui des EPHC.
5. 🖊️ Textes spécifiques applicables aux EPHC
- Code de l’éducation, articles L441-1 à L445-2
- Guide juridique sur les EPHC publié par le ministère de l’éducation
- Règlement intérieur de chaque école
- Code civil – article 371-1 (respect de l’autorité parentale et intérêt de l’enfant)
✅ Conclusion : les grands points à retenir
Les parents qui invoquent le droit public (comme le décret de 1985) pour contester des punitions dans les EPHC méconnaissent la distinction fondamentale entre les statuts juridiques des deux types d’établissements.
Les EPHC ont un cadre propre qui leur garantit une large autonomie, tant dans les contenus d’enseignement que dans les règles de vie scolaire. Elles sont cependant tenues de respecter le droit commun, la protection de l’enfance, et le socle commun de connaissances.
Ce rapport peut servir de base pour clarifier les droits et obligations de chacun dans le cadre d’une EPHC, et rétablir la vérité juridique face à certaines idées reçues.